Les secteurs

Commerce de détail de carburant

Commerce-de-detail-de-carburant

Sources : INSEE SIRENE 2011, ACOSS 2012

Code NAF concerné :

  • 4730Z (Commerce de détail de carburants en magasin spécialisé)

Cartographie des entreprises et des salariés

Selectionnez

une région

11 75 27 53 24 94 44 32 28 76 84 93 53

Source : INSEE SIRENE 2014, ACOSS 2015

Organisation du secteur, ses acteurs

L’automobiliste peut acheter son carburant :

  • dans une station-service qui porte les couleurs d’une compagnie pétrolière (Ex : Total, Esso, Shell, BP, Agip…)
  • ou d’un négociant en produit pétrolier (ex : Avia),
  • dans une station-service indépendante (sans enseigne de compagnies pétrolières),
  • dans un garage automobile
  • dans une grande surface (ces dernières ne font pas partie de la Branche des services de l’automobile).

Les stations-service aux couleurs des compagnies pétrolières peuvent être organisées selon deux modes différents selon que le fond de commerce appartienne ou non aux compagnies pétrolières : les premières sont dites « du réseau officiel », les secondes « du réseau organique ». Au total, ce sont 12 200 stations-service qui couvrent le territoire national.

Type de stations-service Nombre de stations* Caractéristiques
Les stations-service traditionnelles aux couleurs des compagnies pétrolières, gérées par un gérant mandataire : réseau officiel.
2 400 Dans le contrat de gérant mandataire, le carburant et le fond de commerce de la station appartient au pétrolier qui en fixe les prix et en assure le ravitaillement exclusif. Le gérant est commissionné sur les volumes vendus et accroît sa rentabilité grâce à la gestion de sa boutique et la diversification des activités (lavage, sandwicherie, équipement automobile, produit alimentaire…). Le gérant doit négocier sa rémunération avec la compagnie pétrolière dans le cadre d’un contrat prévisionnel mais souvent, ils ne sont pas suffisamment armés sur les aspects juridiques, comptables et de gestion. Les AIP prévoient un revenu garanti pour les gérants de station-service qui reste faible au regard du temps de présence important auquel ils sont contraints (environ 44 000 euros en 2011 pour un couple).
Les stations-service traditionnelles aux couleurs des compagnies pétrolières, dirigées par un propriétaire exploitant : réseau organique.
4 000 Dans ces stations, le fond de commerce appartient à des propriétaires-exploitants et non aux compagnies pétrolières. Le stock de carburant, quant à lui, appartient soit au propriétaire (acheteur ferme) soit à la compagnie pétrolière (le dirigeant est alors commissionné sur les ventes). Les stations-services des propriétaires exploitants et les indépendants peuvent être adossées à une activité du commerce et de la réparation automobile. La rentabilité de l’activité station-service est dans ce cas souvent faible, mais la station-service permet au garagiste de proposer une gamme élargie de services. Généralement, la station ne dispose pas de salariés dédiés à la station. C’est le garagiste lui-même ou le personnel du garage qui prend en charge l’encaissement et l’entretien des pistes.
Station-service sans enseigne de compagnie pétrolière : les indépendants.
1 000 Les indépendants, sans marque, achètent leur carburant soit à une société intermédiaire entre la station-service et les compagnies pétrolières (réseau tiers) soit auprès d’un ou plusieurs fournisseurs (réseau libre).
Station-service sous enseigne d’une grande surface (ne font pas partie de la Branche des services de l’automobile)
4 800 La station-service de la grande surface est un secteur de l’enseigne : les salariés de la station sont donc des salariés de l’entreprise, ce n’est pas une entité juridiquement séparé. La vente de carburant est considérée comme un produit d’appel, le service peut être déficitaire, dans ce cas les comptes s’équilibrent avec les autres services de l’entreprise.

* Source : CNPA

La plupart de ces entreprises sont des TPE qui emploient peu de salariés

Mais le secteur compte quelques très grandes entreprises telles qu'Argedis ou Proseca qui sont des filiales du Groupe Total. Proseca (stations hors autoroute) compte 228 stations-service et emploie près de 1800 salariés. Argédis rassemble 130 stations-service sur les autoroutes uniquement et emploient entre 2 500 et 3 200 salariés selon la saison. Chaque station-service de la société propose des services complémentaires (lavage, restauration, croissanterie, presse, PMU…) qui peuvent être déployés en franchise mais tous les salariés sont salariés de la filiale.

Données générales sur le marché et l’économie du secteur

Le marché des carburants reste stable

Depuis 2007, la consommation de carburants en France stagne « autour » de 50 millions de m3. Mais, le marché du gazole est trois fois plus élevé que celui de l’essence. Alors que le marché de l’essence enregistre une tendance globale à la baisse, la demande de gazole ne cesse d’augmenter, en raison de la diésélisation du parc automobile et de la progression du transport routier de marchandises (pendant les années de crises, la distribution de gazole s’est maintenue à un niveau moyen alors que celle de l’essence continuait de diminuer). Ainsi en 2010, 78,5 % du carburant distribué était du gazole et 21,5 % de l’essence.

Livraisons des carburants en France en 2010
Supers 10 879,60 21,5 %
Gazole 39 749,20 78,5 %
Total 50 628,80 100 %

Source : CPDP, volume en milliers de m3

Le nombre de stations-service ne cesse de diminuer en France

Depuis le 1er janvier 1985, près de 26 000 stations ont disparu, soit plus de 300 par département. Cette baisse a concerné avant tout, les stations traditionnelles et celles dont le débit était inférieur à 100 m3. Entre 1985 et 2010, le nombre de stations-service est passé de 36 000 à 12 158 en 2010 (source CPDP). Sur la même période le nombre de stations-service de la GMD est passé de 2 200 à 4 863. Avec 40 % des stations en 2010, la GMD détient 63 % de parts de marché de la distribution de carburant en France. La proximité d’une grande surface alimentaire a souvent conduit la station-service indépendante la plus proche à fermer. Les stations en zone rurale ainsi que celles situées sur les routes nationales en baisse de fréquentation (du fait de la proximité d’une autoroute) voient également leur nombre diminuer. Dans ces zones, seules peuvent subsister les stations qui déploient une forte diversification de leur offre de service.

Source : CPDP

Un secteur en restructuration

  • Certaines compagnies pétrolières telles que BP, Shell revendent tout ou partie de leurs stations-service. Face à la baisse de rentabilité de l’activité de distribution de carburant en France, certaines compagnies pétrolières telles que Shell ou BP, Aral, Fina, Repsol, Mobil, Elf… disparaissent ou rationalisent leur réseau pour se concentrer sur d’autres zones géographiques plus rentables. À la fin de l’année 2002, Shell a réduit son réseau de 992 à 300 stations et poursuit en vendant 169 stations à Thevenin-Ducrot en 2010 (enseigne AVIA), mais garde les autoroutières (le plus gros débit) et celles situées sur les grands axes de circulation (60 points de vente en 2011). BP a vendu ses 416 stations à l’entreprise Delek (groupe israélien, présent sur les marchés de l’automobile et de la distribution du carburant).
  • Les groupes familiaux se développent : Les deux entreprises familiales (Picoty avec 350 stations localisées dans l’Ouest de la France et Thevenin-Ducrot avec 450 stations dans l’Est de la France) qui importent, stockent et distribuent des produits pétroliers, sous la marque Avia sont actuellement en phase de développement : rachat des stations Shell, Agip et BP, amélioration de l’image, développement interne, structuration des services, achat d’autoroutières…
  • Les grandes enseignes (Carrefour, E. Leclerc) se retirent actuellement du marché des stations-service sur autoroute en ne répondant pas aux appels d’offres en raison de leur faible rentabilité et de la réduction du délai de la concession. De plus, les prix élevés qu’elles doivent pratiquer sur autoroute nuisent à leur image de marque.
  • Le développement économique des réseaux s’appuie sur la négociation d’accords commerciaux : accords de partenariat entre Hertz et Shell pour développer l’activité location automobile, partenariat entre BP et 8 à huit, BP et Speedy pour développer le commerce alimentaire et le service rapide. Exxon Mobil, marque Esso, a cédé sa filiale Roc France (qui gère en direct 23 stations autoroutières) au groupe Aliance (filiale de la société de restauration Elior). Total développe la distribution de ses produits en s’appuyant sur des franchises de marque (ex : Brioche dorée).
  • De nouveaux concepts se déploient en s’appuyant soit sur l’automatisation soit sur le low cost. Face à la concurrence des magasins de la grande distribution, certaines enseignes développent de nouveaux modèles comme par exemple Esso avec ses stations « Esso Express » entièrement automatisées, donc fonctionnant sans salariés. Total déploie aussi un concept low cost avec l’enseigne Elf. Ce groupe pétrolier envisage de mettre en place 600 stations service à bas prix en 2012. Ce réseau serait bâti à partir des stations Elf et des stations de marque Total du réseau officiel sous le nom de Total Access.

L’emploi et ses caractéristiques

L'emploi dans les entreprises du commerce de détail de carburants a chuté de 33 189 salariés en 1985 à 19 451 salariés en 2010 (source Pôle Emploi).

Entre 1985 et 2001, l'emploi du secteur fluctuait « autour » de 30 000 salariés. Le secteur comptait encore 28 000 salariés en 2000. A partir de cette date, la baisse des effectifs s’est accélérée : -31,6 % entre 2000 et 2010.

Source : Pôle Emploi, ACOSS

Les caractéristiques de l’emploi dans les stations-service

  • 26% des salariés n’ont aucun diplôme : la majorité des personnes travaillant dans une station-service ont un diplôme de niveau V (CAP/BEP) ou de niveau IV (Bac). Cependant, la part des non diplômés reste importante : 26%. Par comparaison, elle est de 19% pour l’ensemble de la Branche automobile. La part des non diplômés s’élève à 29 % pour les pompistes et 26 % pour les exploitants de stations-service. Il convient aussi de signaler la part non négligeable des formés de niveau III et plus (BTS et +), correspondant probablement à la progression des emplois de vendeurs et de commerciaux, ainsi qu’au développement de l’encadrement intermédiaire.
  • Les 2/3 des salariés (64,5%) ont entre 25 et 49 ans. Le secteur compte assez peu de jeunes salariés, seulement 15 % ont moins de 25 ans (par comparaison la part des moins de 25 ans est de 24,4 % dans l’ensemble de la Branche automobile). La moyenne d’âge y est toutefois inférieure à la moyenne de la Branche (35,4 contre 36,8 ans). La part de salariés de 50 ans et plus est elle à l’image de la Branche : autour de 9,5%.
  • 47,2 % des salariés sont des femmes : les stations-service font partie des secteurs les plus féminisés de la Branche. A titre de comparaison, la part de femmes dans la Branche est de 23,1%.
  • Forte utilisation du temps partiel, puisque 35,3 % des salariés y ont recours. Dans la Branche, ce sont seulement 10,8 % des salariés qui ne travaillent pas à temps plein.
  • Un faible taux de CDI (80,8 %) au regard des pratiques de contractualisation dans la Branche, qui offre un taux de CDI de 87,5%

Source: INSEE RP 2009, INSEE DADS 2010, Pôle Emploi, IRPAUTO 2011

Les facteurs d’évolution

Facteurs économiques

La concurrence des grandes surfaces : Depuis la libéralisation des prix des carburants qui s’est opérée en 1985 suite à la pression de l’enseigne E. Leclerc, les grandes surfaces ont développé une activité de distribution de carburant à prix coûtants ou à faible marge (prix d’appel), exerçant ainsi une pression concurrentielle qui fragilise l’équilibre économique des stations indépendantes, plutôt situées en zone rurale ou semi-urbaine, accentuant souvent la désertification de certaines zones rurales.

La réduction de la consommation des carburants contribue à diminuer la demande de carburant. Les arbitrages budgétaires des ménages, le développement de modèles automobiles à faible consommation, la diésélisation du parc automobile, les limitations de vitesse, le développement de solutions alternatives à l’automobile individuelle (développement des transports en commun, du co-voiturage, de l’auto-partage, des ZAPA - Zones d'Actions Prioritaires pour l'Air…(dispositif en cours de réflexion)), sont autant de facteurs qui contribuent à réduire la consommation de carburant.

Facteurs réglementaires

L’évolution de la règlementation en matière de sécurité et d’environnement impose une mise aux normes qui induit un coût élevé difficilement réalisable pour un grand nombre de petites structures : les nouveaux réservoirs doivent être soit à double enveloppe avec détection de fuite, soit placés en fosse étanche et fermée avec détection de fuite. Les professionnels doivent également mettre en œuvre un mode de récupération des vapeurs. De plus, la nouvelle réglementation, prévoyant des contraintes d’éloignement afin de limiter les risques accidentels, devrait conduire à la fermeture d’un grand nombre de stations en particulier dans un contexte urbain.

La règlementation, visant la sécurité routière, n’autorisant plus les stations-service à vendre de l’alcool entre 18h et 8H du matin ainsi que les boissons alcoolisées réfrigérées toute la journée, a contribué à une forte chute du chiffre d’affaire des stations-service.

Facteur technique

L’automatisation des stations : Certaines compagnies font le choix de déployer leur réseau en utilisant exclusivement des automates. Elles sont nommées « stations fantômes » par les professionnels du secteur. 

Métiers et formation

La destruction des emplois s’accompagne d’une évolution des métiers

  • Baisse du nombre d’exploitants de stations-service : Les chefs d’entreprises et exploitants de stations-service représentent 14 % de l’emploi total du secteur. En raison du contexte économique du secteur, ces emplois sont en forte diminution -62 % entre 1990 et 2006. C’est la plus forte baisse du secteur.
  • Baisse des pompistes et augmentation des vendeurs : Les employés, qui rassemblent les pompistes, les vendeurs et les administratifs, représentent la population la plus importante du secteur : 55% des emplois totaux sont des employés. On assiste à une forte recomposition de cette catégorie puisque les emplois de pompistes ont chuté de - 50 % alors que ceux de vendeurs ont progressé de +33%. Les pompistes représentaient 1/3 des emplois en 1990, en 2006 ce sont les vendeurs qui représentent ce 1/3 des emplois.
  • Baisse des ouvriers : Les ouvriers (mécaniciens et ouvriers non qualifiés) représentent 12 % des emplois, leur nombre a été divisé par deux entre 1990 et 2006. Cette recomposition des emplois s’explique par la baisse des stations-service et l’évolution des activités : baisse des activités mécaniques automobiles et développement des activités de ventes (restauration, journaux…).
  • Progression de l’encadrement et des commerciaux : Pour accompagner le développement structurel des activités, les entreprises du secteur (en particulier les plus grosses) développent l’encadrement ainsi que les postes de commerciaux.
Source : INSEE RGP

La filière station-service dispose de deux qualifications spécifiques dans le RNQSA : Chef de station et Opérateur de station-service. Les deux CQP afférents sont, à ce jour, non activés. Une réflexion est en cours pour la création de nouvelles qualifications. Les besoins des entreprises sont pourvus par des diplômes généralistes de l’Éducation Nationale (diplômes des filières vente, management…) et/ou par les dispositifs de formation interne qui sont déployés dans les plus grandes entreprises.

La GRH

Le secteur compte quelques très grandes entreprises telles qu'Argedis ou Proseca qui sont des filiales du Groupe Total. La gestion des ressources humaines et la formation sont organisées par les services centraux du siège. Les activités sont définies autour de deux principaux métiers : assistant de vente et manager. La mobilité professionnelle est organisée via un parcours professionnel et la formation continue (centre de formation interne). Ce type de structure se trouve confronté à des difficultés de management liées à un turn-over et un absentéisme qui demeurent élevés.

Évolution des activités et des compétences

Facteurs d'évolution de l'environnement Évolution des activités Besoin de compétences
Disparition des activités de mécanique automobile
  • Face à la concurrence des centres auto, les nouvelles normes d’utilisation des produits (huile, liquide de refroidissement…) et l’évolution de la technicité, les ateliers de réparation et les baies de montage ont peu à peu disparu des stations-service.
  • Baisse des compétences techniques automobiles
Développement de la boutique et des activités commerciales
  • Pour faire face à la baisse de la rentabilité de la vente de carburant, les stations-service développent :
    • la vente de produits périphériques en fonction de leur zone de chalandise : produits et accessoires automobiles (lubrifiant, accessoires de nettoyage…), alimentation, restauration, sandwicherie, presse…
    • l’offre de service complémentaire : lavage…
  • Croissance des compétences commerciales :
    • marketing : évaluer la concurrence sur sa zone de chalandise, déployer de nouveaux services,
    • gestion des stocks : approvisionnement, facing, organisation des promotions,
    • vente additionnelle…
Évolution de la relation clientèle
  • Évolution de la relation clientèle : passage de « caissier » à « commerçant »
  • Clientèle plus exigeante sur les services offerts (propreté des lieux, offres de produits et services …)
  • Croissance des compétences :
    • d’accueil clientèle,
    • de respect des normes d’hygiène (en particulier alimentaire), de propreté, de présentation…
Complexification de l’encaissement
  • Multiplication des moyens de paiement (carte de paiement, carte de fidélité…)
  • Croissance des relations conflictuelles et agressives suite au renforcement des interdictions
  • Problème de sécurité (braquage, PSP-partir sans payer-, chèques sans provisions, incivilité) et problèmes de vol (surveillance accrue).
  • Gestion du stress (relation clientèle : comment répondre à l’incivilité, à l’agressivité)
  • Prévention /sécurité des personnes et des biens
  • Comportement face aux braquages
Difficulté de management
  • Compte tenu des contraintes d’ouverture (horaires décalés, travail de nuit, fin de semaine et jours fériés, temps partiel), le turn-over et l’absentéisme peuvent être élevés (en particulier dans les plus grandes entreprises).
  • Management, gestion d’équipe, gestion des plannings, communication…
  • Aide au recrutement
Complexification de la lecture des contrats de gestion
  • Les professionnels doivent négocier le contrat prévisionnel avec les compagnies pétrolières et sont généralement insuffisamment armés sur les aspects juridiques, comptables et de gestion.
  • Compréhension de la lecture d’un contrat
  • Développement de compétences en gestion, comptabilité et juridique
  • Aptitude de négociation